Synopsis

28 décembre 1895. Dans le Salon Indien, au sous-sol du Grand Café à Paris, quelques curieux assistent, médusés, à la naissance d'une nouvelle forme de spectacle : le cinéma. Un siècle et des poussières plus tard, le cinéma abandonne sa première peau pour la nouvelle idole numérique. Malgré tout, quelques irréductibles perpétuent les gestes qui, chacun à leurs manières, rendent à la pellicule sa mémoire, ses histoires et sa vitalité.

Les protagonistes

Jean-Pierre Verscheure, l'Archéologue

J'ai suivi les cours de Jean-Pierre Verscheure sur l'histoire des formats à l'INSAS. Au travers de ses analyses mettant en relation l'histoire de l'art, l'histoire de la technique et la grande Histoire, cet ancien ingénieur proposait à ses étudiants une approche presque matérialiste de l'histoire du cinéma, tandis que les nombreuses projections en pellicule qu'il nous offrait m'ont permis d'apprécier, de comprendre et d'analyser l'importance de la "trace archéologique" d'une image de cinéma. Ces films, les morceaux de pellicule ou encore les appareils qui habitaient le petit musée attenant à la salle de projection de l'école font partie de la collection de Jean-Pierre. "Mais en réalité, je ne suis pas collectionneur", comme il ne cesse de le répéter : car le but de ce chantier titanesque n'est pas d'accumuler des pièces pour un cabinet de curiosité, mais bien de proposer aux spectateurs et aux historiens du cinéma de redécouvrir les films dans leurs formes originelles, d'entendre Le chanteur de Jazz comme en 1927 ou Citizen Kane comme Orson Welles l'a conçu... et entendu ! Cette collection et sa démarche scientifique, fruit de vingt-cinq ans de travail solitaire incompris par les institutions belges, a enfin trouvé un écrin de choix à la Cinémathèque française.

La cinémathèque royale,
l'Archive

À mon arrivée à Bruxelles, j'étais un spectateur assidu de la CINEMATEK, si assidu que j'avais décidé d'en faire le sujet d'un exercice de première année, en pellicule bien sûr ! De repérages en documentations, je me suis passionné pour l'archive des films, au point d'aller travailler un temps dans les coulisses de la Cinémathèque royale. Ces dépôts, austères comme peuvent l'être un ancien parking et une ancienne usine Malboro, sont bien évidemment une caverne d'Ali Baba pour les cinéphiles et une source d'inspiration pour de nombreux cinéastes, parmi lesquels André Delvaux (1001 films) et Claudia Pazienza (Archipels Nitrate). Mais les archivistes, à force de porter et de transporter des bobines (cinq à sept par film) dans des boîtes en métal ou en plastique, sur des kilomètres et des kilomètres d'allées, connaissent d'autres dimensions (physiques) de l'histoire du cinéma : son poids, sa température et son taux d'humidité ! Aux missions historiques de conservation des films dans les dépôts et de présentation des collections au musée du cinéma s'est ajouté depuis une dizaine d'année un grand chantier de restauration numérique qui, comme dans le reste du cinéma, fait évoluer les métiers (d'archiviste et de restaurateur), entraînant de nouveaux rapports aux films (que l'on trouve sur des serveurs et non plus sur des étagères), de nouveaux outils (informatiques) et la disparition progressive de certains savoir-faire.

Étienne Caire et Chris Auger,
les Alchimistes

J'ai rencontré Étienne Caire dans une cave de la rue Keyenveld à Bruxelles, où il était venu projeter La Foxe. Cette première rencontre avec le personnage et son approche du cinéma m'a amené à reconsidérer le cinéma. Peu de temps après, je décidais de partir pour Grenoble, à l'atelier MTK, afin d'apprendre à jouer avec les différents paramètres du développement chimique et de la projection argentique, paramètres inaccessibles dans l'industrie du cinéma. Au fil des discussions se profile un certain état d'esprit : "être à la recherche de l'accident" ; mais aussi une envie de partager le cinéma et de dévoiler des secrets de fabrication jalousement gardés jusqu'ici. Je découvre alors une communauté de cinéastes qui continue à travailler en pellicule, à travailler la pellicule, dans leurs labos artisanaux. Les raisons sont multiples : texture et poésie du support, possibilités performatives de la projection argentique, envie d'être des chimistes ou des mécaniciens plutôt que des informaticiens... Partant d'abord du 102 à Grenoble - un haut lieu du cinéma et de la musique expérimentales - au début des années 1990, les membres de l'atelier MTK (Chris, Xavier, Jérôme puis Étienne) font des émules et de nouveaux labos ouvrent bientôt un peu partout dans le monde. Aujourd'hui, une douzaine de personnes du réseau et d'ailleurs s'activent à mettre au point des recettes d'émulsions faites maison, dans le but de pouvoir travailler la structure même de l'image.

L'équipe du film

Directeurs photo : Eva Choudhna et Alex Moyroud
Preneur de son : Alban Cayrol
Assistante réalisateur : Jeanne Cousseau
Scripte : Camille Arpajou
Monteuse image : Muriel Bucher
Monteur son : Alban Cayrol
Directrice de production : Barbara Garbarczyk
Première assistante caméra : Chloé Boiteux
Seconds assistants caméra : Adrien Lengrand, Loïc Carrera, Edouard Chandelle et Leslie Charreau
Chefs machinistes : Aurélien Dehin et Jérémy Bourgois
Chef électricien : Tom Gineyts
Électriciens : Jeff Pauly, Maxime Bultot, Carline Albert, Felix Moy et Frédéric-Pierre Saget
Animateurs : Gwendoline Gamboa, Sylwia Skiładz et Johann Benoit
Assistante à la prise de vue pour l’animation : Laura Perera
Cantinière : Barbara Garbarczyk
Directeur de post-production : Léo Ghysels
Assistant monteur : Théophile Gay-Mazas
Chercheurs musicaux : Alban Cayrol et Benoît Charron
Bruiteuse : Marie-Jeanne Wyckmans
Mixeur : Nathan Jaminon
Étalonneur : Florian Berutti
Professeurs associés : Sophie Bruneau, Sébastien Koeppel, Alain Sironval, Rudi Maerten et Philippe Baudhuin
Laboratoires : Studio l'Equipe, atelier MTK et FilmiK
Affiche : Thomas Pennesi
Edition DVD : Lucie Caouder

L'Archéologue, l'Archive & les Alchimistes
Press kit

Photogrammes

Quelques images extraites du film.
Cliquez dessus pour les agrandir.


Le cinéma Nova
La sortie des Usines Lumière, premier film de l'histoire du cinéma
Les spectateurs du Salon Indien
Jean-Pierre Verscheure en train de projeter avec un cinématographe Lumière
Une Cameflex perdue dans les couloirs de la cinémathèque
Dans le centre de restauration numérique
Le futur de l'archive du cinéma numérique ?
Une bobine pétrifiée, atteinte du syndrome du vinaigre
Un photogramme brûlé
Étienne Caire à la table lumineuse
Étienne Caire et Chris Auger en train d'observer le résultat d'un développement inversible
Étienne Caire en train de jouer de son projecteur comme d'un instrument de musique

Note du réalisateur

L'Archéologue, l'Archive & les Alchimistes

Ce film est le fruit d'une volonté de témoigner d'une époque charnière pour le cinéma, qui voit l'industrie cinématographique se convertir à un nouveau standard de production et de projection qu'est le numérique, et d'un désir de partager un parcours personnel en cinéma, parcours intellectuel et artistique.

Ce film est à la fois un film de fin d'études et un premier film : commençant à digérer ma formation (et les déformations professionnelles qui l'accompagnent), je rends un hommage kaléidoscopique à la richesse d'une histoire artistique et technique plus que centenaire. Je cherche également à témoigner de cette diversité dans la boîte à outils du cinéaste aujourd'hui, car l'échelle industrielle du cinéma tend à faire disparaître les outils et les procédés considérés comme "obsolètes".

Pour ce faire, je m'essaie à une grande variété de mise-en-scène, à la fois documentaires et fictionnelles, recourant parfois à l'animation ou encore à l'expérimentation sur le support lui-même. Cette liberté est venue des contraintes que je me suis imposées dès le départ : mon parti-pris a été de donner à ressentir mon propos plutôt que de chercher à tout expliquer et tout expliciter.

Enfin, ce film tente de tracer une constante dans mon travail : de la fascination pour les mythes fondateurs au détournement des savoirs techniques, le cinéma est et doit rester un prétexte pour se retrouver devant l'écran ou autour d'une table, pour partager une expérience, être et faire ensemble.

Maxime Fuhrer

(*) Pour une analyse plus détaillée: Survivances de la pellicule (paru dans la Smala cinéma (revue) #3)
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